Du terrain à la direction : un parcours 100 % interne.

Le secteur des casinos regorge de parcours inattendus, où le hasard joue souvent un rôle clé. Et faire sa carrière dans un même établissement jusqu’au poste de Directeur de casino reste exceptionnel. Rencontre avec Arnaud Agius, directeur du casino de Cavalaire, une histoire qui dure depuis… bientôt 30 ans.

Parcours et motivations

Vous avez un parcours peu commun, entièrement construit au sein du même établissement, le casino de Cavalaire. Êtes-vous originaire de la région ? Et comment s’est faite votre entrée dans l’univers du jeu ?

Je suis arrivé à Cavalaire à l’âge de 5 ans, en 1978, lorsque mon père,  gendarme, y a été muté. Je me considère donc comme un enfant du pays : c’est ici que j’ai grandi, passé mon adolescence, et tissé mes premiers liens. Mon entrée dans le monde du casino s’est faite un peu par hasard. Après un service militaire de deux ans dans la gendarmerie et de retour à Cavalaire, j’ai repris mes habitudes sportives et chaque matin, je passais devant un algeco affichant le permis de construire du futur casino. Un jour, en passant, un homme m’a interpellé pour me proposer un poste saisonnier au casino. Il s’agissait d’Alain Cadi, le fondateur. Nous étions en mars 1996… et l’aventure commençait.

J’ai alors intégré une formation de croupier en interne. Quinze jours plus tard, l’un des saisonniers a quitté son poste plus tôt que prévu. Alain Cadi m’a alors proposé de prendre sa place sur le jeu de la Boule le soir, tout en poursuivant ma formation en journée.

Était-ce censé être un simple job temporaire ou aviez-vous déjà en tête une carrière dans ce secteur ?

À l’origine, je n’avais pas de plan de carrière bien défini. Mais dès les premiers jours, j’ai été séduit par l’atmosphère si particulière des salles de jeux : l’effervescence de la nuit, l’énergie de l’équipe… Et puis surtout, j’étais chez moi, dans ma ville de Cavalaire. Très vite, j’ai senti que ce milieu me correspondait. J’ai vu autour de moi des collègues qui avaient commencé au plus bas et qui, grâce à leur passion et à leur persévérance, avaient gravi les échelons. Ces parcours m’ont profondément inspiré et m’ont conforté dans l’idée que c’était aussi la voie que je voulais suivre.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de rester dans ce casino précisément, plutôt que d’aller explorer d’autres établissements ou groupes ? 

Mon choix a toujours été clair : privilégier ma vie de famille et rester fidèle à des actionnaires emplis de bienveillance et chargés d’expérience. Ce positionnement a peut-être ralenti mon ascension professionnelle, mais je n’ai aucun regret. J’ai voulu élever mes enfants à Cavalaire, leur offrir le même cadre de vie que celui qui m’a vu grandir. C’était une décision réfléchie, assumée, et je pense qu’elle m’a construit aussi bien en tant qu’homme qu’en tant que professionnel.

Une évolution pas à pas, au contact du terrain

Vous avez occupé tous les postes : croupier, technicien machines à sous, caissier, barman… Cette diversité de fonctions vous aide-t-elle aujourd’hui dans votre rôle de directeur ?

Oui, sans aucun doute. J’ai toujours été là pour répondre aux besoins de l’entreprise. J’ai comblé les absences, aidé là où il le fallait, ce qui m’a permis de comprendre l’activité sous tous ses angles. Cette vision d’ensemble me sert au quotidien. Elle m’aide à prendre des décisions plus justes, à anticiper les besoins, mais aussi à garder en tête une règle essentielle : ne jamais oublier d’où l’on vient, ni sous-estimer les exigences et les contraintes de chaque poste.

Pensez-vous que cette évolution « maison » vous donne une approche différente de la direction ?

Très clairement, oui. Le regard est plus affûté, plus humain aussi. On prend en compte la réalité du terrain, les attentes des équipes, les petites tensions comme les grandes victoires. Chez nous, sur les 57 CDI, l’ancienneté moyenne est de 9 ans. C’est une richesse. Le groupe Raineau valorise la promotion interne, et nos clients apprécient de voir évoluer les collaborateurs qu’ils connaissent depuis des années. Cela crée un lien de confiance fort, entre les salariés et avec la clientèle. Et puis, quand on a formé en interne un bon profil, on n’a pas envie de le voir partir ailleurs.

Mobilité et opportunités

Avez-vous déjà reçu des propositions d’autres casinos ou groupes qui auraient pu vous faire accepter l’idée d’une mutation?

J’ai été approché à deux reprises, mais mon objectif a toujours été clair : rester à Cavalaire. À mesure que les années passaient, je me rapprochais de ce but. À chaque changement de direction, j’apprenais de nouvelles choses, je prenais ce qu’il y avait de bon, et j’observais aussi ce qu’il fallait éviter. Seul un besoin majeur du groupe Raineau pourrait me faire envisager un départ aujourd’hui.

Pensez-vous qu’il est encore possible, de nos jours, de faire une belle carrière dans un seul et même casino?

C’est plus difficile aujourd’hui. Le marché du travail n’est plus le même qu’il y a 20 ou 30 ans. Les parcours sont souvent plus mobiles, plus fragmentés. Mais je reste convaincu qu’avec la bonne posture, on peut construire un très beau parcours, même en restant fidèle à un établissement.

Un regard lucide et bienveillant sur le métier

Quels avantages voyez-vous à bien connaître toutes les facettes d’un établissement, ses équipes, ses rouages ?

C’est un vrai plus. Cela permet de lire rapidement les situations, de comprendre les tensions éventuelles, de déceler les failles avant qu’elles ne deviennent des problèmes. On maîtrise mieux le climat social et on sait sur quels leviers agir.

Quel message  ou conseil adresseriez-vous à un jeune qui entre dans un casino sans imaginer pouvoir un jour en devenir le directeur ?

Je lui dirais que notre métier fait encore partie de ces rares univers où tout est possible. On vend du rêve, mais on le vit aussi. Cela dit, les jeunes générations n’ont plus tout à fait les mêmes aspirations qu’avant. Depuis la crise du COVID, je constate que beaucoup de jeunes très investis ne souhaitent pas trop de responsabilités, ni les contraintes qui les accompagnent. Il manque parfois cette étincelle, cette passion du métier qui nous animait naturellement il y a quelques années.

Et selon vous, quelles sont les qualités clés pour réussir et évoluer dans ce secteur, en particulier vers des fonctions managériales ?

Il faut du travail, bien sûr. Mais aussi de la rigueur, une vraie neutralité managériale, de l’honnêteté, une capacité constante à se remettre en question. Il faut savoir partager, s’adapter, être exemplaire… et toujours respecter les équipes. Sans elles, rien ne fonctionne.

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